Toujours le texte qui m'a passionné m'apparaît expressif d'une chose plus grande que lui (Max Reinhardt)


Y
ES, WE ARE !

NOTE D'INTENTION DE L'ADAPTATEUR & METTEUR EN SCENE
 

Marivaux écrit au Siècle des Lumières, qui parle aux hommes de liberté et aux femmes des droits de l'homme. Il confie aux Comédiens-Italiens, en 1729, une comédie en trois actes et en prose intitulée LA NOUVELLE COLONIE ou LA LIGUE DES FEMMES. Retirée dès le naufrage de la première, elle ne sera jamais imprimée. L'auteur s'obstine et fait jouer, sur un théâtre de société, une réduction en un acte de sa pièce, rebaptisée LA COLONIE.

Mais le happy end pervers, qui permet aux hommes de reprendre la main, ne suffira pas à éviter en son temps l'échec de ce vigoureux plaidoyer en faveur de la parité, où l'on voit, bien loin de tout marivaudage, un groupe de femmes révoltées disputer âprement de la libre disposition de leur corps, de la juste répartition des pouvoirs et des rôles au sein de la république et du libre accès des filles au savoir et à tous les emplois.

Près de trois siècles après la première création, il n'y a malheureusement pas un mot à changer pour décrire les revendications que justifie toujours la réalité de la situation des femmes d'aujourd'hui, exposées et violentées partout, réellement distinguées et justement reconnues et respectées nulle part.

Trop de femmes, hélas, ayant intériorisé la domination qu'elles subissent, à l'image de l'une des protagonistes de la pièce, croient que le vingtième siècle a réalisé, sans risque de retour possible, les rêves révolutionnaires de leurs aînées.

Les moyens modernes de manipulation du " temps de cerveau disponible " ne manquent pas d'évoquer telle brillante individualité féminine parvenue au sommet, tout comme du vivant de Marivaux déjà, on vantait les mérites éminents de Mademoiselle SILVIA, donnée pour une des femmes les plus estimées d'une époque où sa camarade CLAIRON tenait tête, au risque de sa carrière, à Messieurs les Gentilshommes de la Chambre. Mais c'est la guillotine qui attendait Olympe de GOUGES, amie de Condorcet, qui milita d'abord pour l'abolition de la traite des Noirs, avant d'être l'auteure insurgée de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Si le plafond de verre parait aujourd'hui moins sanglant, il se révèle tout aussi efficace pour couper les têtes féminines qui dépassent. Et des figures exemplaires ne font toujours pas une libération.

L'original de Marivaux est court, mais l'adaptation réalisée, tout en restant fidèle au texte primitif, le prolonge par l'écho de slogans féministes du monde entier et de traits tirés des écrits de Christine de Pisan, Isadora Duncan, Mina Loy, Colette, Albert Camus, La Fontaine, Molière, Shakespeare, Baudelaire, Musset, Ibsen, Vigny, Beaumarchais, Goethe, Condorcet, Sade et Aristophane ...

Les longues répliques de 1750, portées par sept personnages, majoritairement masculins, sont ici déclinées en phrases courtes et vives par un ENSEMBLE de comédiennes et danseuses, dans une version française parsemée de citations en diverses langues, transformant un dialogue philosophique prérévolutionnaire en manifeste de colère de portée universelle rompant avec une tradition qui a longtemps réservé aux hommes tous les rôles, au théâtre comme à la ville.

Aux abolitionnistes de l'esclavage qui, aux Etats-Unis, en 1865, avaient accordé le droit de vote aux Noirs en oubliant celui des femmes, la militante Elisabeth STANTON demandait si, par hasard, les populations de couleur n'étaient composées que d'hommes ??!!

Cent cinquante ans plus tard, les citoyennes du dernier continent de la planète encore colonisé répondent au YES, WE CAN ! du premier Président noir de la première puissance mondiale ... et à son successeur :

                                                          YES, WE ARE ! ... UNSTOPPABLE !

Il n'a jamais été aussi urgent que les femmes de tous pays se réveillent et prennent vraiment le pouvoir.

 (Copyrigt Claude CARMELLI, novembre 2016)

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